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2022-05-05 08:42:51 By : Mr. TONY L

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J'aime la rue, j'aime les terrasses de café qui donnent sur les places. Plus particulièrement quand il fait beau et quand le temps nous appartient.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les beaux jours sont revenus, à l'extérieur les masques pour un temps tombés. Prématurément, imprudemment peut-être. Je ne veux évidemment pas passer pour un oiseau de mauvaise augure et souhaite ardemment que l'avenir me donne tort. En attendant, ne boudons pas notre plaisir et laissons-nous aller au meilleur de nous-même pour la plus grande joie de tous. Joliment dit, non ?

Il faut toujours se garder des généralisations car elles sont facilement abusives. Dès que nous sommes en présence de la diversité des genres, que le masculin côtoie le féminin, tout s'emballe. Un piéton est un piéton et une piétonne en quelque sorte un piéton en jupe ou en robe surtout à la belle saison. Ni l'un, ni l'autre ne doivent être harcelés ou sifflés. Ceci est valable également pour les écossais. Les écossaises sont hors compétition car rien ne permet de les identifier formellement et de les distinguer d'une piétonne en tenue ordinaire. Ce n'est d’ailleurs pas une raison pour les siffler, à tout hasard.

Les  grands bavards péremptoires qui craignent d'être pris en défaut, quand il sont invités à donner un avis à la télévision, aiment commencer, parfois finir, leur péroraison par : « Je parle sous le contrôle de... ». Ce qui ne veut nullement dire que c'est à cette petite coquetterie rhétorique qu'on reconnaît le péremptoire ; ce serait une généralisation abusive de le penser.

Je ne vais pas faire comme eux et afficher même une certaine audace, je vais faire comme si l'étrange Marlène Schiappa n'avait jamais existé. Avec une certaine prudence toutefois car la secrétaire du Ministre Darmanin est souvent d'humeur belliqueuse. D'une grande versatilité et encline à s'agacer très vite et à s'enflammer pour très peu. Elle aime taper sur les doigts même quand ils ne sont pas baladeurs et personne ne sait d'où lui vient cette grande nervosité.

De la même manière que je distingue mes lectrices de mes lecteurs, je distingue dans la rue les piétonnes des piétons. Je reconnais toutefois que la distinction est plus facile au printemps et en été qu'en hiver quand, indistinctement, tout le monde est emmitouflé, engoncé même, dans de gros manteaux ou des pelisses qui ne laissent plus rien deviner des charmes d'une silhouette. Quand le froid devient polaire, les silhouettes le deviennent également. Essayez donc de distinguer un inuit d'une inuite...Plus la température baisse et plus la différenciation devient impossible.

Comme d'autres, j'ai pensé pendant un certain temps, que le réchauffement climatique allait voler à notre secours et offrir un plaisir durable à mon œil égrillard, mais depuis que je sais que ce réchauffement en cours peut également se traduire par un abaissement de la température, il n'est même pas sûr que nous reverrons toujours de la belle saison à jupes volant dans l'air tendre. Nous devrons sans doute nous contenter du plaisir en boîte avec Maryline Monroe ou à la limite avec Annie Duperey passant sur une bouche d'aération dans un parking souterrain. Ne vous méprenez pas, n'allez pas croire que je sois de ceux qui sous prétexte d'hygiène de l'oeil ne pensent qu'à se le rincer de temps à autre. Je trouve simplement un authentique plaisir à voir la silhouette aérienne des piétonnes que je ne siffle jamais, bien qu'elles soient la plus belle animation de nos rues. Il n'y a pas si longtemps l'étrange Marlène Schiappa  a décidé de nous couper le sifflet mais personne n'empêchera jamais nos sifflements admiratifs intérieurs. Je suis un adepte du sourire et du sifflement intérieurs.

Pour clore le cas Marlène Schiappa qui ne présente que très peu d'intérêt, convenons que ses convictions l'emportent toujours sur ses qualités, elle me donne parfois le sentiment de prendre trop d'élan et de sauter plus loin qu'elle ne l'aurait peut-être elle-même voulu. C'est sans doute un des excès de l'esprit militant qui se laisse parfois par l'impatience et la fébrilité gagner.

Je n'ai aucune affection particulière pour les brigades contre le vice et pour la vertu. Je rêve d'une société apaisée dans laquelle la parole reste libre, le compliment flatteur et revigorant, une société dans laquelle on ne confond pas la drague lourde et le harcèlement avilissant avec le plaisir de se conter fleurette à tout instant. Je propose d'inscrire dans les programmes scolaires et cela dès la maternelle un cycle « Bienséance et caresses du regard ». Un enseignement non optionnel et obligatoire bien entendu.

A ce sujet justement, il est amusant de rappeler qu'il y a sifflement et sifflement et qu'ils ne se valent pas. Il y a bien des années, s'est tenu à Carthage en Tunisie, un festival de musique où Pétula Clark s'est produite. A l'issue de sa prestation, un véritable concert de sifflements retentit dans l'amphithéâtre antique de la ville. Pétula Clark quitta la scène pour se réfugier dans sa loge en pleurant à chaudes larmes. On avait oublié de lui dire que les spectateurs tunisiens honoraient celles et ceux qu'ils ont aimés en sifflant à tout va. De là, à encourager les vulgarités de la rue auxquelles quelques balourds attardés s'adonnent de temps à autre, il y a un pas que je ne franchirai pas.

Les piétonnes sont une bénédiction pour l'humanité en générale et notre humanité profonde en particulier. Elles maîtrisent avec un rare talent l'art subtil du renouvellement, de la transformation, de la créativité en un mot. Je glisse rapidement sur l'apparition des jeans déchirés laissant apparaître un ou plusieurs genoux et même un peu plus, toutes choses de peu d'intérêt souvent.

Je vois un léger froncement de sourcils, je devine un soupçon d'intolérance, de parti pris même, je perçois un début de réprobation, j'entrevois une désapprobation en devenir. Laissez moi me porter au devant de vous.

Le pantalon savamment déchiré, aux effilochages non moins savants, m'est aussi insupportable que le short flottant et le marcel, même si c'est pour mieux exposer, à la vue de tous, des tatouages qui laissent songeurs et dont le sens m'échappe la plupart du temps. Ajoutez à cela une paire de tongues et nous soupirerons de concert, je suis sûr. A la plage, les tenues de plage, à la ville les tenues de ville, en soirée les tenus de soirées et au Parlement la cravate.

J'ai ri de bon cœur et j'en ris encore quand je pense à cette publicité mettant en scène une mère attentive qui s'empare du jeans déchiré de sa fille partie prendre une douche pour  la faire profiter  de ses talents de couturière. J'en ris pour une double raison. La première parce que l'idée était belle et admirablement mise en image, la seconde parce que je ne me souviens absolument pas de l'objet de la publicité. Ainsi le publiciste avait eu une idée de génie que le cinéaste par son talent avait mis en lumière et le promoteur en a été pour ses frais.

Ce sont les tatouages qui me fascinent le plus. Monocolores ou multicolores, ils se dissimulent parfois juste à point et révèlent bien leurs propriétaires que je suppose satisfaits d'eux-même. Le florilège est dans la rue. Deux vipères entrelacées prêtes à s'entredévorer, une sirène aux cheveux mi-longs alanguie sur un rocher, l'ancre de Popeye, un encrier avec une plume d'oie, pour ce qui est du figuratif ; puis le cabalistique, le mystique et l'ésotérique ; enfin le littéraire, parfois en chinois ou en japonais jamais en arabe. « A ma mère » disait l'un, « J'ai souffert mais j'ai pas cédé » surenchérissait l'autre, « A Jacqueline, pour la vie » affirmait le troisième en se promenant la main dans la main avec Geneviève.

Et puis, et puis. La surprise de la semaine. Une vache. Sur un sein naissant batifolant dans la dentelle. Une rareté. Une pièce de collection. Presque du Modigliani sur peau. Toute affaire cessante, après avoir regardé d'abord à gauche, puis à droite et jeté un dernier coup d'oeil sur mes arrières, j'aborde l'heureuse propriétaire du bovidé bicolore et lui propose avec un large sourire de prendre ce bijou de l'art pictural sur peau douce en photo. Je n'essuie pas un refus et ne me fais ni gifler, ni tataner, bien au contraire. La jeune personne ne manque pas d'humour et me lance joyeusement : « Heureusement que vous ne collectionnez pas les photos de tétons car là il y aurait tout de même eu un problème ! ». C'est moi qui du coup ai appelé Dame Schiappa à mon secours. Elle n'était pas à son bureau ce matin-là. Malheureusement !

Le masculin l’emporterait sur le féminin ce qui justifierait bien des accords au masculin pluriel, j’en ai semé quelques uns plus haut. Cet état de choses dont je ne suis pas personnellement responsable aurait encore de beaux jours devant lui. Nouveaux froncements de sourcils que je fais mine de ne pas voir. Si je prends le critère de l’élégance vestimentaire, cette supériorité n’est en rien justifiée mais son inverse ne l’est pas plus. Allons-nous vraiment faire rivaliser le leggin déchiré d'une demoiselle  tatouée avec le short-marcel-tongues d'un grand mâle bondissant avec une casquette à sens giratoire ?

J'aime la légèreté des beaux jours. J'aime l'interdiction de fumer dans les lieux clos. Elles peuplent nos rues de jeunes femmes qui fument paisiblement une cigarette en tuant le temps. Je crains bien sûr pour leur santé mais ce serait dommage qu'elles abandonnent la cigarette ! Que feraient-elles debout bêtement sur le trottoir à ne rien faire ?

Parfois, distraitement, je vais leur faire un brin de conversation. Je m'enquiers de savoir si leur cigarette est bonne, ce qui n'a rien d'étonnant de la part d'un ancien fumeur. Lors des frimas de l'hiver, j'enchaînais volontiers en m'inquiétant du vilain rhume ou de la fluxion de poitrine dont elles pourraient être les innocentes victimes. Cette approche est évidement superfétatoire à la belle saison pendant laquelle seule une insolation liée à une exposition trop brutale ou prolongée au soleil est à craindre. Heureusement que les employeurs attentifs veillent au grain des peaux et leur évitent le pire en distribuant généreusement des crèmes solaires à leurs employées comme ils le font depuis longtemps pour les employés en leur offrant des savons à barbe.

Pour faire court, le-la-les employé-ée-és-ées s'est /se sont vu-ue-us-ues distribuer respectivement un ou plusieurs tubes de crème solaire et un ou plusieurs pots de savon à barbe. A chacune et chacun le sien bien sûr.

J'aime la rue, j'aime les terrasses de café qui donnent sur les places. Plus particulièrement quand il fait beau et quand le temps nous appartient. La rue est un spectacle avec ses acteurs et ses actrices. Pour ce qui me concerne, je préfère de loin les secondes car les hommes m'ennuient. Plus vives, plus créatives, plus amusantes et plus belles. Ainsi est faite la nature, ainsi est ma nature. Je me souviens de cette jeune personne portant des escarpins à talons très hauts et avançant à tâtons sur une place aux vieux pavés déchaussés, en tout cas très inégaux. Je la regardais avancer et presque malgré moi, j'entendais une petite voix intérieure égrener : « Tombera ! Tombera pas ».

Un autre jour, toujours en première loge au théâtre de la rue, installé à la terrasse de mon café préféré, je vois dans le lointain une silhouette élégante, à la jupe courte et aux longues jambes interminables qui effectuait une danse. Deux ou trois pas en avant, arrêt, un pas en arrière puis pivot sur sa gauche, scansion du pied sur l'asphalte, mouvement de haut en bas du bras gauche puis d'avant en arrière pour aboutir à un enroulé très harmonieux pendant que le bras droit replié restait immobile, la main levée. Magnifique. Surtout vu de loin. Trois pas en avant mais un seul en arrière : gain de deux pas à chaque figure. Lentement mais inexorablement la danseuse devait en bonne logique se rapprocher de moi. Quand je distinguai enfin un peu mieux son visage, je réalisai que celui-ci était extrêmement mobile et participait à la scansion. Parfois les yeux au ciel, puis le regard sur le bout de l'escarpin entre deux, quelques roulements à des vitesses variables.

Pendant un court instant je me suis dit, qu'il n'était pas sûr que ce qu'elle esquissait étaient des pas de danse, elle avait surtout l'air de quelqu'un de contrarié qui ne maîtrisait pas totalement ni sa gestuelle, ni ses expressions. Je réalisai soudain qu'elle ne dansait nullement mais qu'elle était en train de téléphoner, et que de toute évidence, elle se disputait vivement avec son interlocutrice qui était sans doute un interlocuteur.

C'est à tout cela que l'étrange  Marlène Schiappa a tenté un jour de mettre une fin et de ces petits plaisirs de la vie qu'elle veut à tout jamais nous priver. Je dis nous priver  et non me priver, car je suis devenu méfiant, je préfère me réfugier derrière un nous collectif et ne pas apparaître en première ligne, rapport à la brigade légère dont Monsieur Colomb, autrefois ministre de l'intérieur fut l'initiateur et dont son successeur pourrait subitement reprendre le flambeau. Le sieur Colomb envisageait à l'époque , à la demande insistante de qui vous devinez, de créer des brigades de policiers spécialisés dotés de tablettes numériques pour nous prendre sur le fait et grâce à une connexion internet mobile être en mesure de vérifier immédiatement si nous ne sommes pas de dangereux récidivistes de surcroît.

Le mouvement social de jaune vêtu mobilisait semaine après semaine le ban et l'arrière ban de la maréchaussée et avait tué dans l'oeuf l'initiative. La brigade très spécialisée dont j'évoque les exploits à venir avait été momentanément affectée à d'autres tâches, ce qui nous permettait de souffler un peu avant qu'elle ne se mette à nous courser dans les rues et nous débusquer jusque sur les terrasses des cafés. C'est fini tout cela, le jaune a déserté les ronds-points puis les rues, puis notre maréchaussée a retrouvé ses plaisirs premiers et renoncé à des taquineries qui l'auraient tôt ou tard couvertes de ridicule.  Nos innocents jeux de séduction en tout lieu et  à tout moment ont pu se poursuivre et faire honneur aux beaux jours.

Je dois dire que pendant un temps j'avais  renoncé à vivre dangereusement.  Je ne parlais plus à celles qui fument dans la rue, j'évitais même de leur sourire en passant devant elle, de peur qu'elles ne me sourient en retour. Cela commence toujours par des sourires ; après, la porte est ouverte à bien des transports qu'il valait mieux ne plus envisager et même carrément éviter . Je me contentais donc de ce mystérieux sourire intérieur que vous me rendez si bien, mesdames et mesdemoiselles, qu'il convient désormais de regrouper impérativement sous le premier vocable pour ne pas s'attirer des ennuis supplémentaires.

Puis il y eut l'intermède du masque pour cause de pandémie, on ne m'enlèvera pas de l'idée parfaitement stupide qu'il a fait l'affaire des petits délires de Marlène Schiappa. Qu'un complot contre la libido a été ourdi avec le concours appuyé d'un virus et de ses mutants. Tous confinés et masqués avec sorties limitées. De sourires et de mots échangés, il ne fut plus question. Tout était dans les regards et ce qui nous a sauvé c'est qu' ils continuaient à en dire long.

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